Dimanche 22 octobre 2017

Yves Beauchemin : Le renard bleu

Publié le 01 septembre 2009 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Yves Beauchemin : Le renard bleu

Yves Beauchemin est un auteur prolifique. Son premier succès en librairie, Le Matou, publié en 1982 est porté à l’écran trois ans plus tard. Plus récemment, il a publié Le renard bleu aux éditions Fides, une œuvre à mi-chemin entre le livre pour enfants et le roman pour adultes. Nous l’avons rencontré au Café Cherrier.

Manouane Beauchamp : Yves Beauchemin, votre dernier livre, Le renard bleu, est en fait une histoire que vous avez inventée et racontée à vos enfants alors que ceux-ci étaient tous petits. Quel serait le message que vous voudriez transmettre aux parents et futurs parents?

Yves Beauchemin : Le message que j’aimerais leur transmettre concerne les enfants. Il y a trois choses à donner à ses enfants. La première, c’est de l’amour. Ce n’est pas une grande découverte en soi vous me direz. Seulement voilà, pour les aimer, il faut leur consacrer du temps. Les aimer en étant absent, ça ne donne pas grand-chose. C’est grâce à l’amour des parents que l’enfant développe une bonne image de lui. Ça peut paraître niais de dire à un parent d’aimer son enfant, mais c’est tellement important. Moi-même, je suis père de deux enfants. Est-ce que j’ai réussi comme père? Je ne pense pas qu’il soit possible de réussir à 100%. Mais j’ai fait mon possible. Aujourd’hui, mes deux garçons se débrouillent bien dans leur vie et je pense qu’ils sont raisonnablement heureux.

Deuxièmement, c’est important de veiller à ce qu’ils sachent parler, lire et écrire comme il se doit. Le ministère de l’Éducation ne remplit pas sa mission et produit des milliers d’analphabètes. Ces analphabètes, à cause de leur infirmité intellectuelle, ont plus de chance de devenir des décrocheurs scolaires, avec toutes les conséquences négatives que cela peut entraîner.

C’est pour cela que j’ai veillé personnellement à enseigner à mes enfants des choses que l’école ne leur enseignait pas, comme à écrire en français. Lorsque je me suis rendu compte qu’ils n’avaient pas de dictée à l’école, je me suis décidé à leur en donner une à tous les matins. Je peux vous assurer que j’ai gagné des concours d’impopularité.

Apprendre à écrire et à parler en respectant les règles de grammaire permet d’être mieux structuré. Si l’enfant est mieux structuré, il sera en mesure de penser de façon logique et de s’exprimer clairement. Et à ce moment, c’est plus facile pour lui de communiquer et de convaincre les gens.

Finalement, c’est important d’assurer que les enfants aient accès à une bonne culture générale afin qu’ils développent une sensibilité pour toutes sortes de choses. Cette culture générale va leur permettre de mieux comprendre les humains. Et peut-être d’être plus heureux au bout du compte.

Manouane Beauchamp : Vous avez parlé de décrochage scolaire. À votre avis, quelle serait une des solutions à envisager pour régler ce type de problème lié à l’enseignement?

Yves Beauchemin : Je trouve qu’il existe dans notre société des obstacles importants qui empêchent les jeunes de parvenir à un état d’épanouissement, surtout dans le cas des garçons. On a juste à penser au décrochage scolaire ou au suicide : les garçons en arrachent tandis que les filles s’en tirent mieux. Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet, et peut-être qu’une des pistes de solution consisterait à introduire un plus grand nombre de professeurs masculins au primaire. Les garçons sont généralement plus énergiques, tandis que les filles sont plus concentrées, plus douces. Un homme peut mieux comprendre un garçon. C’est la même chose avec les institutrices femmes et les filles.

Il fut un temps où les garçons avaient des instituteurs, tandis que les filles avaient des institutrices. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de bonnes institutrices qui peuvent comprendre les garçons, mais c’est peut-être plus facile si c’est un instituteur. À ce sujet, ce n’était peut-être pas une si mauvaise idée de les séparer. On les a séparés pour des raisons morales. Peut-être que nous devrions revenir à cette solution pour des raisons pédagogiques. Mais je ne suis pas un spécialiste, je ne fais que penser tout haut et suivre mon intuition.

Manouane Beauchamp : Comment vous est venue l’histoire du Renard bleu?

Yves Beauchemin : Ce roman est basé sur une histoire que je racontais à mes fils, Alexis et Renaud. Pendant deux étés consécutifs, nous avons loué un chalet à Entrelacs, sur le bord de la rivière Lafontaine. Le chalet était entouré par une magnifique forêt. Le soir venu, je me suis amusé à inventer une histoire d’un renard bleu qui vivait dans la forêt attenante au chalet. La très grande majorité des personnages qui se trouvent dans le roman ont été inventé à ce moment-là.

Le plus touchant c’est qu’un jour, en me promenant dans le bois avec Alexis, qui avait 4 ou 5 ans à l’époque, il s’est mis à parler tout haut et disait : « Vient Renard bleu, je t’aime. Je ne te ferai pas de mal, je veux être ton ami ». Il a été marqué par cette histoire. Vous comprendrez qu’une fois le roman complété, mon premier lecteur fut Alexis. En fait, le Renard bleu, c’est une œuvre d’amour paternel. Je ne l’aurais jamais écrite si ce n’avait été d’Alexis.

Manouane Beauchamp : Un des moments forts du roman est le passage concernant le Titanic.

Yves Beauchemin : Le Titanic est devenu une sorte d’allégorie publique. Ce n’est pas un hasard si on a tourné trois films sur ce bateau et qu’une exposition des objets qui en ont été récupérés fait le tour du monde depuis des années.

Il faut se rappeler que le Titanic était le plus grand et le plus luxueux bateau au monde. Lors de son voyage inaugural, il coule, entraînant la mort de 1 500 personnes. Les circonstances de ce naufrage sont tout à fait aberrantes. Le paquebot ne disposait pas d’un nombre adéquat de canots de sauvetage par rapport au nombre de passagers. Il était équipé de compartiments étanches qui assuraient sa capacité de flotter advenant un trou dans la coque, sauf que ces compartiments communiquaient par le haut ! Durant la traversée de l’Atlantique, tout indiquait qu’il y avait des risques liés à la forte présence d’icebergs là où naviguait le Titanic, et aucune mesure de sécurité n’a été prise. Après le naufrage, il semblerait que les plans du Titanic aient disparu.
Ce géant des mers a marqué l’imaginaire de l’époque car à ce moment-là, c’était le summum de la technologie. Son naufrage a signifié la fin de l’infaillibilité de la technologie dans l’esprit des gens. Il a créé un choc très profond, surtout que les nouvelles arrivaient très lentement. Ainsi, le nombre de morts n’a été connu que très tard, surtout que la WhiteStar, à qui appartenait le Titanic, tentait de sauver (ses billes) sa réputation.

Manouane Beauchamp : Pour faire un bon roman, est-ce que vous croyez qu’il est important d’être le plus près possible de ses souvenirs?

Yves Beauchemin : Non, il n’y a pas de recette pour écrire un roman. Il y a des règles générales qui concernent son écriture, mais sans plus. Évidemment, la littérature, c’est un art où l’on manipule des images et des émotions, deux ingrédients qui doivent forcément venir de l’auteur ou provenir de l’extérieur mais qui passent par l’auteur. Par exemple, le naufrage du Titanic est arrivé alors que je n’étais pas (encore né) au monde, mais l’événement m’a marqué. J’ai par ailleurs une bonne collection de livres et d’éléments visuels sur le Titanic.

Manouane Beauchamp : Avez-vous des idées pour votre prochain roman?

Yves Beauchemin : Non, aucune, je suis dans un vide total comme à chaque fois quand je termine un livre. C’est en train de bouger tranquillement, mais je ne pense pas écrire maintenant une suite au Renard bleu. Toutefois, dans ce roman, je fais apparaître un personnage que je laisse en suspens à la fin. Ce personnage me pose certaines questions, comme : Que va-t-il faire ? Qui va prendre soin de lui ? Que va-t-il lui arriver ?


Yves Beauchemin
LE RENARD BLEU
Fidès, Montréal, 2008, 384 pages.

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