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Winston Churchill : Mémoires de guerre

Publié le 22 mars 2010 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Winston Churchill : Mémoires de guerre

En 1936, soupçonnant que de noirs desseins se profilaient dans les politiques allemandes de Hitler, Winston Churchill lança au Premier ministre Stanley Baldwin, lors d’un débat particulièrement houleux aux Communes : « L’histoire dira que vous avez eu tort dans cette affaire … Et si j’en suis certain, c’est parce que c’est moi qui l’écrirai ! » (p.15). Quelques semaines avant l’invasion de la France en 1940, Churchill écrira cette phrase lourde de sens : « Ma chance veillait toujours, et tout le reste s’ensuivit logiquement, naturellement et tragiquement » (p.174). Bref, si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas eu lieu, l’Histoire aurait retenu de Winston Churchill qu’il s’agissait d’un sombre personnage alarmiste et pessimiste, pourvu d’une forte propension à la paranoïa. Et pourtant, les événements lui donneront raison

Winston Churchill (1874-1965) fut, tour à tour, correspondant de guerre lors de la Seconde Guerre des Boers, ministre du Commerce en Angleterre, commandant  puis premier lord de l’Amirauté pendant la Première Guerre mondiale, commandant de l’Échiquier et Premier ministre durant la Seconde Guerre mondiale. À ce moment, il s’illustra sur de nombreux plans, tant politique que militaire. Orateur hors pair, ses discours marquèrent l’imaginaire des Britanniques comme des alliés. En 1940, lorsqu’il est nommé premier ministre afin d’organiser la défense de l’Angleterre face à une armée allemande que rien ne semblait arrêter, il prononcera la célèbre phrase : « I say to the House as I said to ministers who have joined this government, I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat ». À sa mort, la reine lui fit des obsèques nationales, un des plus importants rassemblements d’hommes d’État jamais vu.

Pour l’amateur d’Histoire, Churchill est un personnage des plus fascinants. Toutefois, s’attaquer à son œuvre écrite peut s’avérer un exercice intimidant considérant la quantité de documents qu’il a publiés. Il faut comprendre qu’à cette époque, les ministres ne recevaient qu’un salaire nominal et que, pour vivre de façon décente, ils devaient embrasser une seconde profession. C’est ainsi que Churchill écrivait de façon compulsive afin d’être en mesure de vivre des fruits de sa plume. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est l’auteur de 14 ouvrages, allant d’un récit de la guerre des Boers en deux volumes à une biographie de Marlborough en quatre volumes, sans parler des centaines d’articles publiés dans la presse. Évidemment, ses publications ne vont pas sans soulever certaines railleries. Ses six volumes sur la Grande Guerre seront qualifiés de « brillante autobiographie de Winston [Churchill] déguisée en histoire de l’univers » (p.15).

Face à cette quantité de documents écrits, François Kersaudy, professeur à l’Université de Paris I et spécialiste de l’histoire militaire et diplomatique, a eu l’idée de faire une sélection des pages les plus intéressantes des six volumes rédigés par Churchill entre 1919 et 1945. Sa grande connaissance de ce personnage et de ses écrits fait de ces Mémoires un magnifique ouvrage qui contient quantité d’informations fascinantes qui permettent de bien saisir le personnage dans son intégralité et de jeter un éclairage différent sur les événements qui sont survenus pendant cette période.

Par exemple, Churchill décrit comment Hitler a pu réarmer son pays au vu et au su de l’Europe entière sans être le moindrement inquiété par de possibles représailles de la part des pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Il détaille comment l’Allemagne fera renaître sa marine de guerre en négociant uniquement avec l’Angleterre.

Les pages les plus prenantes portent sur ces moments où tout bascule : l’invasion de la France, la chute du gouvernement de Chamberlain et l’accession de Churchill au pouvoir le 10 mai 1940. Il sera désormais chargé d’organiser le gouvernement afin de faire face à la guerre qui enflamme l’Europe. Dans ces chapitres, Churchill démontre son style littéraire et réussit à tenir le lecteur en haleine en décrivant le climat tendu qui régnait alors en Angleterre. Un autre moment fort est la description de la mise en place de l’opération Dynamo, qui permettra de sauver plus de 330 000 soldats alliés en neuf jours grâce à l’action de milliers de petits bateaux civils qui transporteront les soldats de la plage aux navires ancrés au large.

Évidemment, ces Mémoires contiennent aussi leur lot d’anecdotes savoureuses. Comme celle de cet entretien entre Laval, diplomate français, et Staline. La rencontre avait pour but de faire le point sur les effectifs militaires des deux pays. À la fin de l’échange, Laval a lancé : « Ne pourriez-vous pas faire quelque chose en faveur de la religion et des catholiques en Russie ? Cela m’aiderait tellement auprès du pape ! » « Oh! Oh! fit Staline, le pape ! Combien de divisions? » (p.89).

Parfois, la réalité sera tronquée ou transformée, selon l’humeur de Churchill. Mais Kersaudy veille à rétablir les faits en quelques mots grâce à de petites notes de bas de page tout à fait savoureuses mais qui ne rendent pas le personnage de Churchill moins fascinant. Kersaudy se permettra même de souligner un « oubli » de l’auteur en notant que « les très grands hommes ont parfois recours à de très petites ruses » (p.122).

Malgré ces petites entorses à l’Histoire, Churchill reste un monument aux dimensions impressionnantes. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder attentivement la photographie qui orne la page couverture du livre. Elle est fascinante. Prise lors de la visite de Churchill sur un navire de guerre britannique trois mois jour pour jour avant sa nomination comme premier ministre de l’Angleterre, elle le montre debout sur le pont du navire, sous des canons qui pointent dans la même direction que son regard. Plusieurs officiers se tiennent en rang à ses côtés. Mais un seul d’entre eux ose, tout en gardant la tête droite, lever les yeux et jeter un regard plein d’admiration et de crainte sur le grand homme. Un peu comme s’il outrepassait un ordre suprême. Une photo qui en dit long sur le personnage qu’était Churchill.


Winston Churchill
MÉMOIRES DE GUERRE
1919 – 1941

Tallandier, Paris, 2009, 444 pages.

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