Mardi 25 juillet 2017

Soliloque autour de Antoine Robitaille et de l’art de lire

Publié le 24 décembre 2011 par dans la (les) catégorie(s) Billets

Soliloque autour de Antoine Robitaille et de l’art de lire

Le journal Le Devoir est un quotidien qui s’apprécie de la première à la dernière page. Je me surprends même à lire certaines sections des semaines, voire des mois après leur publication. À croire que le temps a le même effet sur ses textes que sur le bon vin.

Je me suis retrouvé, en ce 23 décembre au soir, à lire le cahier Perspective, tout en sirotant une bonne infusion chaude. C’est, de loin, mon cahier préféré. J’adore lire les analyses qui y sont présentées, abordant des sujets à des années lumières des sujets futiles qui se retrouvent à la une des autres journaux. J’aime plonger dans les chroniques qu’il contient (la Revue de presse, la page Idées, la section Philosophie) et dévorer les écrits de Michel David ou Antoine Robitaille.

Antoine Robitaille. Il s’est retrouvé à remplir la colonne de gauche de la page B2, laissée orpheline depuis la mort de Gil Courtemanche. Antoine Robitaille, que j’ai découvert avec son livre Le Nouvel homme nouveau, un essai que j’ai bien apprécié, au point qu’il est encore dans ma bibliothèque (c’est pour dire!).

Évidemment, passer outre le deuil d’une aussi belle plume que celle de Courtemanche demande un certain temps. Il était tellement … impressionnant, tant dans ses analyses que dans sa façon de les écrire. Ainsi, de voir Antoine Robitaille prendre sa place m’a fait plaisir sachant qu’il s’agissait là d’un journaliste d’une certaine trempe … mais tout de même. Le changement demandait une certaine période d’adaptation. Gil Courtemanche ne peut être remplacé aussi facilement. Après quelques semaines, j’ai terminé mon deuil, et je me retrouve aujourd’hui à lire les chroniques de Robitaille avec grand intérêt – après tout, je n’allais tout de même pas commencer à lire les chroniques de Denise Bombardier.

C’est ainsi que je me suis retrouvé à lire sa chronique du cahier Perspective du samedi 19 et dimanche 20 novembre 2011, qui porte sur la difficulté de lire un livre à une époque où le tout Internet fait en sorte qu’il est devenu exigeant de plonger dans la lecture d’un livre pendant de longues heures sans interruption. Partant des constats que soulève Nicholas Carr dans son article désormais célèbre intitulé : Is Google making us stupid? (The Atlantic Monthly, 2008), Antoine Robitaille écrit :

L’écran d’ordinateur lamine nos doutes sous le rouleau compresseur de ses cadeaux et de son confort, c’est un si bon serviteur qu’il serait déplacé de remarquer qu’il est aussi notre maître», écrit Carr dans son livre. «Nous forgeons nos outils et ils nous forgent en retour», avait déjà fait remarquer Marshall McLuhan. Même isolé, même débranché de l’intraveineuse informative, il y a en moi un je-ne-sais-quoi, à un moment, qui réclame un courriel, un message, un site Internet. Curiosité autant maladive que machinale d’aller vérifier ce qu’il y a de nouveau partout sur Internet 1.0, 2.0, etc. D’où la difficulté pour moi de lire un gros livre sur une tablette: sous le faux pavé, la plage infinie d’Internet, des petits jeux «addictifs». Et si, en plus, la tablette offre en temps réel des commentaires d’un autre lecteur, que deviendrons-nous? «La lecture est une activité misanthropique. On se déconnecte, on se débranche, on s’isole, on s’écarte, on n’y est pour personne. On emmerde le vivre-ensemble», a lâché Alain Finkielkraut à son émission Répliques, sur France-Culture, récemment.

J’aime particulièrement la phrase suivante : « Même isolé, même débranché de l’intraveineuse informative, il y a en moi un je-ne-sais-quoi, à un moment, qui réclame un courriel, un message, un site Internet. » Troublant de vérité.

Cet article m’a donné envie de relire : Bernard Pivot, Les Mots de ma vie (Albin Michel). J’ai adoré découvrir les pensées et souvenirs intimes de cet homme qui a eu la chance de discuter avec les plus grands auteurs vivants de son époque. Un livre magique dont je ne me lasse pas de relire certaines pages, dont les définitions des mots « ego » et « coït ». Jubilatoire. Quel est le lien avec mon billet? Facile. Le livre de Pivot fait 368 pages et la longueur des articles va d’une demi-page à trois pages. Idéal pour celles et ceux qui veulent surfer sur les pages d’un livre.

Cet article m’a donné envie de lire : Nicholas Carr, Internet rent-il bête? (Robert Laffont). Le livre inspiré de l’article qui est, il faut le dire, fort intéressant.

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