Lundi 18 décembre 2017

Jean-Sébastien Trudel : Arrêtons de pisser dans de l'eau embouteillée

Publié le 01 mai 2008 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Jean-Sébastien Trudel : Arrêtons de pisser dans de l'eau embouteillée

Depuis peu, le développement durable a bonne presse : les entreprises ont un département voué à la cause, les médias écrits en font des cahiers spéciaux, les libraires présentent des livres qui traitent du sujet … Toutefois, pour les gestionnaires, la question reste la même : oui, mais concrètement, qu’est-ce que le développement durable? Dans son livre Arrêtons de pisser dans de l’eau embouteillée, Jean-Sébastien Trudel présente et explique les tenants et aboutissements de ce concept. Une rencontre.

Dans son livre, Jean-Sébastien Trudel aborde, entre autres sujets, les conditions et les principes du développement durable (voir texte ci-bas). Pour le gestionnaire qui recherche des pistes de solutions novatrices pour son entreprise, des pistes de réflexions peuvent facilement naître de la lecture des explications des principes du développement durable. Il s’agit de cinq principes clés génériques qui permettent de repenser l’entreprise, de revoir son modèle d’affaire et de la transformer de façon novatrice, tout en respectant les conditions du développement durable.

Au début de notre rencontre, Jean-Sébastien Trudel me tendit sa carte d’affaires qui a immédiatement attirée de mon attention : de petite dimension – l’équivalent d’une correspondance d’autobus – elle comporte quatre petits sigles à son bas. Il m’expliqua que le premier indique que la carte d’affaire est imprimée sur du papier recyclé, le second qu’elle est composée de papier recyclable, tandis que le troisième indique que l’entreprise qui l’a imprimée s’alimente en électricité éolienne. Quant au dernier symbole, représenté par une fraction (½), il indique que la carte, par souci d’économie, est la moitié d’une carte d’affaire conventionnelle.

Lorsqu’il m’explique les concepts exposés par sa carte d’affaires, il me dit : « Il faut aller plus loin que le recyclage. Le problème avec ce concept est qu’il s’agit souvent d’une illusion, car on ne peut pas recycler infiniment. En fait, on fait plus souvent qu’autrement du décyclage. Bref, utiliser du papier recyclé c’est bien, mais ce n’est pas une fin en soi. Tandis que d’éviter d’employer du papier, c’est mieux. Par exemple, dans mon livre, le dernier chapitre est disponible sur mon blogue. Ainsi, j’ai sauvé 25 pages par livre, ce qui équivaut en bout de ligne à l’équivalent de 50 000 pages non imprimées. » C’est ainsi que, par souci d’économie de papier, sa carte d’affaire ne représente que la moitié d’une carte d’affaire traditionnelle.

Lorsque je lui ai demandé quel était le message qu’il voulait faire passer aux gens d’affaires, il a été direct : « Je démontre dans le livre que nous devons composer avec des problèmes qui font en sorte que les conditions du marché de demain seront différentes. Les gestionnaires qui sont sensibles à ces changements trouveront dans le livre des solutions gagnantes, déjà éprouvées par d’autres entreprises, afin d’orienter leur réflexion concernant les stratégies à adopter. Les entreprises qui connaîtront du succès en 2070 seront celles qui auront compris ces nouveaux paradigmes ».

J’étais étonné de l’entendre parler de 2070, et non pas d’une date plus proche, comme 2010 ou 2020. À cela, Jean-Sébastien me répond : « Une entreprise n’a pas, en principe, de fin de vie. C’est ce que l’on peut appeler de la durabilité. Si vous êtes un dirigeant qui a comme objectif la croissance et la durabilité, il faut voir plus loin que les cinq prochaines années. Il existe des entreprises qui planifient des stratégies en conséquence de la prochaine génération qui viendra diriger l’entreprise. Quand des dirigeants orientent leur réflexion dans cette direction, il est facile de convenir que 2070, c’est demain ».

Bien entendu, Jean-Sébastien Trudel sait que probablement le terme de ‘développement durable’ sera porté à changer, mais qu’au-delà des mots, le concept est voué à rester : « Les problèmes à solutionner ne changeront pas et ils nous touchent tous personnellement, qu’il soit question du réchauffement de la planète, de l’épuisement des matières premières ou de la contamination des nappes phréatiques, pour ne nommer que ceux-ci. Ce n’est pas que nous voulions créer un système destructeur. Personne ne vise à polluer et contaminer ou mettre des produits toxiques sur le marché. Ainsi, la question est désormais de savoir comment éviter ces conséquences et créer des entreprises qui ne polluent pas, qui nettoient tout comme un arbre nettoie l’air, qui améliorent les conditions de vie et créent de la diversité. Le développement tel que nous l’avons connu les 100 dernières années a eu beaucoup d’effets positifs, mais a eu des effets secondaires qui ne peuvent pas durer. Si le terme ‘développement durable’ sera peut-être voué à changer, le concept à la base de cette approche ne changera pas. Il ne faut pas oublier que le développement durable est construit sur des lois physiques. Les gestionnaires de demain devront composer avec des lois comme celles de la thermodynamique au même titre qu’un un ingénieur doit tenir compte de la loi de la gravitation pour construire un avion ».

Au final, comme me le dira Jean-Sébastien durant notre entretien, le développement durable « n’est pas un objectif en soi, mais bien une démarche qui doit s’inscrire dans le temps ». À ce sujet, son livre contient des réponses concrètes et des pistes de réflexion prometteuses. Une lecture idéale pour les gestionnaires visionnaires.

Les conditions du développement durable :

  1. Il faut tenir compte de la quantité de ressources présentes dans la croûte terrestre;
  2. Il faut éliminer les émissions de substances créées par l’humain dans l’environnement;
  3. Il faut respecter l’intégrité des écosystèmes, qui fournissent les ressources nécessaires à la vie;
  4. Il faut combler les besoins essentiels de tous les humains.

Les principes du développement durable :

  1. Devenir incroyablement plus productif;
  2. Éliminer la notion de déchet;
  3. Développer une économie de service;
  4. Réinvestir dans le capital social et naturel;
  5. Célébrer la diversité et la créativité.


Jean-Sébastien Trudel
ARRÊTONS DE PISSER DANS DE L’EAU EMBOUTEILLÉE;
COMMENT INDIVIDUS ET ENTREPRISES PEUVENT CONTRIBUER AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Les Éditions transcontinental, Montréal, 2007, 187 pages.

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