Mardi 25 juillet 2017

Vient de paraître > Alain Minc : Une histoire politique des intellectuels

Publié le 19 octobre 2010 par dans la (les) catégorie(s) Brèves

Vient de paraître > Alain Minc : Une histoire politique des intellectuels

« L’intellectuel moderne naît, à mes yeux, au dix-huitième siècle lorsqu’il échappe à la mainmise royale et à l’omniprésence religieuse. C’est la société qui constitue désormais son bain amniotique et non plus la monarchie et l’Église. Il prend place pour un face à face avec le pouvoir ; cet affrontement définit son identité autant que le travail de création. L’opinion et la postérité ne s’y trompent pas. Bergson est un philosophe, non un intellectuel mais Camus, lui, l’est. Gracq est un romancier mais Aragon est un intellectuel. Proust est… Proust mais Gide est un intellectuel… Cette perception intuitive correspond à une définition quasi naturelle. L’intellectuel pense, fût-ce partiellement voire incidemment, le monde mais il s’y situe de plain pied : les mots sont des actes, les idées des armes, les théories des canons. C’est, au même titre que la diversité des fromages, la variété des paysages, la passion des révolutions, une spécialité très française. Il existe partout ailleurs des penseurs, aussi importants voire peut-être plus essentiels, mais Burke ne joue pas sa partition comme Benjamin Constant, Darwin comme Victor Hugo, Keynes comme Malraux. De même, là où l’esprit a sans doute soufflé le plus violemment, c’est-à-dire dans l’Allemagne du dix-neuvième siècle, ni Fichte, ni Hegel, ni Marx, ni Nietzsche ne sont des intellectuels au sens français du terme. Ils dessinent l’univers, les classes, les races mais ne s’érigent pas en contrepouvoirs d’un système politique dont certains d’entre eux veulent pourtant la destruction.

C’est donc à la rencontre d’un personnage bien français, l’intellectuel, que je suis parti. En quête aussi d’une réponse à une question lancinante : pourquoi les intellectuels français se sont-ils mis, au fil des décennies, à penser de plus en plus faux ? Pourquoi parviennent-ils à mener souvent des combats empreints d’humanisme et simultanément à divaguer idéologiquement ? De même qu’historien du dimanche j’ai osé une Histoire de France, intellectuel de pacotille, je prends le risque de plonger au cœur de la corporation la plus puissante de notre pays. De multiples pas de côté, des impasses voulues, des choix assumés, des raccourcis osés, des coqs à l’âne délibérés, d’innombrables jugements à l’emporte-pièce ; tous les ingrédients sont là d’un procès en sorcellerie. Mais un peu de mauvaise foi souriante n’est pas interdit vis-à-vis des intellectuels qui cultivent souvent la mauvaise foi grinçante. Tel est mon pari. »
Alain Minc

L’auteur

Alain Minc est l’auteur de nombreux livres qui sont autant de best-sellers. Derniers essais publiés : Une Histoire de France, (Grasset, 2008) et Les dix jours qui ébranleront le monde (Grasset, 2009).

Source : communiqué de presse.


Alain Minc
UNE HISTOIRE POLITIQUE DES INTELLECTUELS
Grasset, Paris, 2010, 250 pages.

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