Mercredi 16 août 2017

François Jullien : De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures

Publié le 01 juin 2008 par dans la (les) catégorie(s) Articles

François Jullien : De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures

François Jullien, sinologue et philosophe, a principalement orienté son œuvre autour de la pensée chinoise. Dans ce livre, il sort de son créneau habituel, et présente un modèle conceptuel qui lui permet d’analyser, pour une société donnée, les façons de concevoir l’humain.

Le modèle est construit selon la forme d’un triangle avec à ses pôles trois concepts : l’universel, l’uniforme et le commun. Au sommet du triangle figure l’universel (comme dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme), ce concept de la raison qui « se réclame d’une nécessité a priori, c’est-à-dire préalable à toute expérience » (p.17), avec comme contraire l’individuel. L’universel est flanqué, d’un côté du triangle, d’un « double perverti » répandu par la mondialisation, à savoir l’uniforme. C’est le concept de la production, qui « relève, non pas d’une nécessité, mais d’une commodité : moins coûteux, parce que produit en chaîne » (p.32). Son contraire est le différent : si l’uniforme endort, le différent crée une tension. De l’autre côté du triangle, le commun. Relevant du politique, il est « ce à quoi on a part ou à quoi on prend part, qui est en partage et à quoi on participe » (p.39). Son contraire est le communautarisme.

Fort de ce modèle, François Jullien analyse les façons de penser l’humain et le vivre ensemble de certaines grandes civilisations passées et présentes. Toutefois, si le prolifique philosophe réussit à surprendre par l’originalité de son outil d’analyse, la surprise est de courte durée. Pour un auteur qui annonce en guise d’avertissement au lecteur que son discours « circule hâtivement dans l’amoncellement des références pour rendre intelligible la question posée » (p.8), force est de constater qu’il a quelque peu raté la cible : le texte est lourd et certaines idées semblent inextricablement embourbées dans des références qui brillent par leur absence. Quant à son analyse, elle en rebutera plus d’un tant le texte est opaque. Un livre qui sera probablement apprécié à sa juste valeur lorsque Jullien lui-même en fera une synthèse, comme il l’a fait avec sa Conférence sur l’efficacité (PUF, 2005), où il reprend les idées principales contenues dans deux de ses œuvres précédentes (La propension des choses, Seuil, 1992, et Traité de l’efficacité, Grasset, 1997).


François Jullien
DE L’UNIVERSEL, DE L’UNIFORME DU COMMUN ET DU DIALOGUE ENTRE LES CULTURES
Fayard, Paris, 2008, 262 pages.

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