Mercredi 26 juillet 2017

Ça fait combien en dollars?

Publié le 07 mars 2011 par dans la (les) catégorie(s) Billets

Ça fait combien en dollars?

Depuis le début de l’année 2011, j’ai lu quatre romans – ce qui, pour un amoureux des essais comme moi est somme toute considérable. Après avoir plongé dans les aventures de Robinson Crusoé et revisité l’Île au trésor (voir mon billet), j’ai tenté de passer au travers des Aventures de Gulliver (loufoque mais pas très inspirant) pour finalement jeter mon dévolu sur 99 francs de Frédéric Beigbeder.

Debout devant le mur couvert de livres de ma librairie préférée (Gallimard, sur St-Laurent), j’ouvre le livre et procède à une étude rapide de son contenu. Pour ce faire, j’applique le principe de la lecture rapide, vous savez, cette technique qui permet de surfer sur les mots de la page plutôt que de les lire un à un, cette même technique qui a fait dire à Woody Allen : « J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire Guerre et paix en vingt minutes. Ça se passe en Russie ».

Première page : « Tout s’achète : l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi. J’écris pour me faire virer. Si je démissionnais, je ne toucherais pas d’indemnités ». J’ai souri. Ça me plaît, je prends. Trois jours plus tard, je termine le roman et la bonne impression du début a fait place à une lassitude qui me fait dire : Tout ça pour ça? Une forme de délire postmoderne construit autour du monde artificiel de la publicité avec un personnage désillusionné porté sur l’autodestruction. Et si le délire du début est divertissant, le développement tombe rapidement à plat et l’intérêt se dissout rapidement avant la moitié du livre.

De plus, j’ai été un peu irrité par le fait que toutes les mentions de monnaie dans le roman sont passées du franc à l’euro, la nouvelle monnaie européenne. Il faut savoir que le roman fut publié en 2000 tandis que l’euro fut officiellement mis en circulation le 1er janvier 2002. À la fin du livre, il est même inscrit : « Paris, 1997-2000. Conversion en euros : 2001 ». Quant au titre, il est devenu : 99 francs (14.99 €).

Peut-être suis-je un puriste, mais il me semble que certains textes, que ce soit des romans ou des essais, une fois publiés, ne doivent pas être modifiés afin de les adapter à la sauce du temps. Un bel exemple de ce type d’adaptation est celui du professeur d’université qui a délibérément changé des mots de l’œuvre de Mark Twain (Les aventures de Tom Sawyer, Huckleberry Finn) afin de l’ajuster au contexte socioculturel actuel  – voir mon billet à ce sujet. S’il n’est pas inintéressant de modifier certains éléments d’un livre afin de lui donner plus d’impact, il est dommage d’en retirer un élément constitutif du contexte dans lequel il a été créé.

Par contre, ça m’a donné envie de lire La Société du spectacle de Guy Debord, ce livre publié en 1967 qui a connu un succès retentissant après les événements de mai 68 et qui continue d’inspirer celles et ceux qui interrogent notre société contemporaine.

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Il y a 2 commentaires pour l'article “Ça fait combien en dollars?”.

  1. Alexis 7 March 2011 à 10:09 #

    Bonne chance pour la société du spectacle! chaque paragraphe est un coup de marteau, si 99 F peut être une métaphore, ce livre-là est une à prendre au …12e degré !

  2. Manouane 8 March 2011 à 07:14 #

    Merci pour les encouragements. Je viens de débuter la lecture du livre de Debord et effectivement, ce n’est pas très aisé comme lecture. Toutefois, l’analyse que contient ce livre est toujours aussi d’actualité.


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