Mercredi 22 novembre 2017

Avoir un enfant : l’art d’être mère (première partie)

Publié le 06 février 2010 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Avoir un enfant : l’art d’être mère (première partie)

Avoir un enfant

Un fait : avoir un enfant. Deux réalités : être mère et être père. Pour mieux comprendre ces deux réalités, voici deux livres, proposant chacun un angle différent. Le premier aborde la maternité sur un ton humoristique tandis que le second traite de l’art d’être père, dans une analyse sur fond psychanalytique. Pourquoi ? Peut-être parce que devenir père est une étape à prendre au sérieux, tandis que pour plusieurs, il importe de dédramatiser le fait de devenir mère. Voyage dans deux réalités.

Première partie : l’art d’être mère

De nombreux écrits offrent des conseils aux futures mamans. Peu d’entre eux relatent de l’intérieur l’expérience complexe de la maternité, encore moins avec un humour et une tendresse aussi justes que celles de Anne Enright dans son livre Le choc de la maternité.

Je suis, au moment d’écrire ces lignes, dans ma 35e semaine de grossesse, soit à environ 8 mois. Pour reprendre l’image donnée par l’auteure, je traverse ce mur de verre qui sépare l’état de femme de celui de mère. À quoi ressemble la vie de l’autre côté de ce mur ?

Porter
Du « + » abstrait du test de grossesse à ce ventre rond, plein d’une vie nouvelle et inconnue mais bien concrète (ils sont étranges ces petits pieds qui tambourinent sous la peau), la femme passe par une infinie déclinaison d’états. D’un possible sentiment d’envahissement de son propre corps à celui d’une fusion amoureuse avec son bébé, en passant par une lassitude immense ou une énergie à déplacer des montagnes, la grossesse est une période généralement intense faite de contrastes. C’est aussi une expérience sociale. Si elle est bien entourée, la future mère peut sentir qu’elle est soutenue, louée, aidée et aimée comme à aucun autre moment dans sa vie, non seulement par son conjoint mais aussi par les femmes de son entourage.

Donner naissance
À la fin de la grossesse, la femme enceinte anticipe la naissance de l’enfant pour reprendre possession de son propre corps, malgré la crainte plus ou moins grande de l’enfantement. Puis c’est le premier contact. Anne Enright le décrit ainsi : « Ils le soulèvent bien au-dessus de moi et déjà il me paraît si loin. (…) Il prend son temps, fait les choses à son rythme. Il se débrouille tout seul. J’ai vraiment l’impression qu’il est son propre maître. (…) C’est le frisson de la séparation, quelque chose de triste aussi ».

Après une si longue fusion, il y a une fascination à constater que cet être humain est tout à fait lui-même avec sa propre énergie et ses besoins particuliers. Il y a aussi un vertige : « Un enfant est sorti de moi. Je ne peux pas encore le comprendre, ni tenter de l’expliquer. Sauf pour dire que ma vie passée m’est devenue étrangère. Sauf pour dire que je suis la proie de cette petite chose pour le reste de ma vie. Fichtre ».

Donner tout court
Dans les premiers mois qui suivent la naissance, la mère peut avoir l’impression de ne plus s’appartenir, de perdre le sens des frontières de son propre corps, d’être possédée par les besoins du bébé, dont celui d’être rassuré. Très tôt, il expérimente une gamme impressionnante d’états émotionnels qu’il ne peut moduler tout seul.

L’auteure réfute l’idée répandue du bébé manipulateur ou qui tente de contrôler ses parents. « À un degré considérable, un bébé est tout simplement. (…) Mais tout de même, il faut être en pleine santé mentale pour supporter le regard fixe d’un bébé ».

En fait selon Winnicott, pédiatre et psychanalyste renommé, la clé est d’être une mère juste assez bonne (good enough mother). Anne Enright précise : « il doit y avoir des limites au rôle de mère : non pas au sens spirituel, ni au sens émotionnel, mais entre 16h30 et 17h le mardi, mettons ». En effet, à mesure qu’il grandit, il devient impossible de répondre à tous les besoins de l’enfant. C’est en apprivoisant en toute sécurité la frustration qu’il apprend graduellement à être tout seul, à créer et qu’il développe son imaginaire.

« C’est un travail vraiment ingrat (…) je troquerais volontiers plusieurs licences universitaires contre une licence de patience. Une bonne machine à laver est beaucoup plus importante qu’un bon cerveau ! »

(Seconde partie : L’art d’être père)


Anne Enright
LE CHOC DE LA MATERNITÉ
Actes Sud, Paris, 2007, 230 pages.

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