Lundi 18 décembre 2017

Arkadi Babtchenko : La couleur de la guerre

Publié le 10 juin 2010 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Arkadi Babtchenko : La couleur de la guerre

Arkadi Babtchenko, soldat de l’armée russe, a participé à deux reprises à la guerre en Tchétchénie. Il a rédigé ce récit suite à cette expérience pour le moins traumatisante, à des lieues de la moindre couleur malgré ce que le titre laisse entendre.

Dès les premières pages, il est question du délabrement de l’armée russe, de la corruption qui y règne et des corrections infligées par les plus forts aux plus faibles, souvent sans raison. Mais surtout, il est question de ces soldats désœuvrés, envoyés au combat sans trop savoir pourquoi, laissés à eux-mêmes avec un équipement inadéquat, souffrant du froid, de la faim et de la soif par manque d’eau potable.

Dès les premières pages, Arkadi Babtchenko raconte comment les soldats, tous grades confondus, parviennent à obtenir de l’alcool de mauvaise qualité ou des cigarettes en vendant des armes et des munitions à des enfants tchétchènes. Toutefois, malheur à celui qui se fera surprendre. Il est alors brutalement passé à tabac, au point qu’il aura de la difficulté à marcher les jours suivants.

Ce récit est une succession d’événements aussi cruels que violents. Certains passages sont d’une rare sauvagerie, comme celui où il est question d’un soldat russe, prisonnier des combattants tchétchènes, qui se fait égorger non loin de ses camarades d’armes qui assistent, impuissants, à sa lente agonie (p. 311).

Et puis, soudain, cette anecdote qui surprend et fait sourire. Arkadi Babtchenko et ses camarades d’infortune reçoivent une caisse de nourriture envoyée par des civils russes en guise de récompense pour leur sacrifice. La nourriture en question est goulument avalée par les soldats, peu habitués à recevoir pareil traitement. Soudain apparaît cette carte, écrite par les écoliers qui ont envoyé la caisse de nourriture. Le texte est touchant et les soldats s’arrêtent un instant de manger, sidérés par ce qu’ils viennent de lire. Et l’un d’eux se met silencieusement à pleurer pendant que Arkadi Babtchenko glisse la carte dans sa poche, se promettant de passer à cette école une fois sorti de cet enfer (p. 378).

Ce récit, écrit dans un style littéraire simple, sans lyrisme ni poésie, est parfois insoutenable, les scènes décrites étant d’une grande cruauté. Au point où l’on se demande si tout cela est bien réel. Mais n’est-ce pas cela : la couleur de la guerre?


Arkadi Babtchenko
LA COULEUR DE LA GUERRE
Gallimard, Paris, 2009, 424 pages.

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