Dimanche 22 octobre 2017

Amin Maalouf : Le dérèglement du monde

Publié le 17 décembre 2009 par dans la (les) catégorie(s) Articles

Amin Maalouf : Le dérèglement du monde

Depuis le début du XXIe siècle, l’humanité fait face à une série de dérèglements majeurs sur les plans climatique, financier, géopolitique, intellectuel et éthique. Pour expliquer ces dérèglements, Amin Maalouf avance l’idée qu’ils seraient causés par une crise de la légitimité du pouvoir.

Amin Maalouf est un auteur franco-libanais qui s’est fait connaître pour ses romans Léon l’Africain et Le Rocher de Tanios, mais aussi pour ses essais, dont Les Croisades vues par les Arabes et Les Identités meurtrières. Dans son essai Le Dérèglement du monde, il part du fait accompli que les États-Unis se sont affirmés comme étant le pays en position de domination à sur tout le globe, imposant (parfois sans grande difficulté) sa politique et sa culture. Malheureusement, ce pays n’a pas été en mesure d’empêcher, à tout le moins de tenter de combattre de façon convaincante, une série de dérèglements majeurs qui ont secoué le monde au grand complet. Ce qui fait dire à Amin Maalouf que ces problèmes font en sorte que la légitimité du pouvoir des États-Unis à travers le monde est aujourd’hui remise en question.

Afin d’illustrer ce que peut représenter la perte de légitimité du pouvoir d’un état sur d’autres états, l’auteur analyse l’époque de la présidence de Nasser. À la tête de l’Égypte, il a su jouer un rôle centralisateur au sein du monde arabo-musulman, y apportant une certaine union. Malheureusement, suite au conflit qui tourna en défaveur de la coalition arabe, Nasser perdit graduellement sa légitimité. Depuis, aucun dirigeant n’a pu clamer être en mesure d’exercer un pouvoir rassembleur auprès des pays arabo-musulmans afin de retrouver une dignité perdue et, surtout, de parvenir à des échanges d’égal à égal avec l’Occident.

L’exemple que prend Amin Maalouf pour étayer sa thèse est riche en analyses de toutes sortes. Seulement sur la question des religions, l’auteur souligne avec justesse le rôle qu’elles ont joué :

« Une grande leçon du siècle qui vient de s’achever, c’est que les idéologies passent et que les religions demeurent. Moins leurs croyances, d’ailleurs, que leurs appartenances; mais sur le socle de l’appartenance se reconstruisent des croyances.

Ce qui rend les religions virtuellement indestructibles, c’est qu’elles offrent aux adeptes un ancrage identitaire durable. À diverses étapes de l’Histoire, d’autres solidarités, plus neuves, plus ‘modernes’, – la classe, la nation – ont semblé prévaloir. Mais c’est la religion qui, jusqu’ici, a eu le dernier mot. On pensait pouvoir la chasser de la sphère publique pour la cantonner dans les seules frontières du culte. Elle se révèle difficile à cantonner, difficile à dompter, et impossible à déraciner. Ceux qui la destinaient au musée de l’Histoire s’y trouvent eux-mêmes prématurément relégués. Tandis que la religion se montre prospère, conquérante, souvent même envahissante » (p.217).

Il fera même une remarque fort éclairée quant au développement technologique :

« Ce qui est en cause, c’est le fossé qui se creuse entre notre rapide évolution matérielle, qui chaque jour nous désenclave, et notre trop lente évolution morale, qui ne nous permet pas de faire face aux conséquences tragiques du désenclavement. Bien entendu, l’évolution matérielle ne peut ni ne doit être ralentie. C’est notre évolution morale qui doit s’accélérer considérablement, c’est elle qui doit s’accélérer, d’urgence, au niveau de notre évolution technologique, ce qui exige une véritable révolution dans les comportements » (p.81).

Toutefois, Amin Maalouf décèle plusieurs signes qui laissent croire qu’un redressement est possible. Entre autres choses, il souligne que l’élection de Barak Obama est un des éléments qui lui fait croire qu’il est possible que les États-Unis soient à même de reprendre la légitimité perdue et de débuter un travail de reconstruction.

Le Dérèglement du monde est une analyse politico-historique éclairée des événements qui ont secoué le monde au cours de la dernière décennie. Accessible, le livre de Amin Maalouf permet surtout de saisir le point de vue d’un penseur qui est capable, à cause de ses origines et de son parcours intellectuel, de faire le pont entre la civilisation occidentale et le monde arabo-musulman.


Amin Maalouf
LE DÉRÈGLEMENT DU MONDE;
QUAND NOS CIVILISATIONS S’ÉPUISENT
Grasset, Paris, 2009, 314 pages.

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